Épave

Contexte marin. Tempête (début, ou plutôt la fin du « calme annonciateur »).

Une digue rocheuse (ou renfort de la grève) en blocs de pierre et de ciment irréguliers. Pointes de fer rouillé du béton. Humidité assez lourde, poisseuse. Vent marin fort, qui gagne en puissance crescendo. Vagues hautes, mais encore rondes (ne se brisent pas sur la digue). Pas de rouleaux, même au loin. Aucune crête d’écume. Seulement des ondulations d’eau lisse, couleur de plomb.

Ciel déchiré, noir et gris, percé d’une vague éclaircie sous-jacente. À quelques mètres de la digue, un bateau flotte entre deux eaux. Un engin de plaisance à moteur, la cabine est importante. Il est submergé jusqu’aux plus hautes fenêtres, vitres brisées sur l’obscurité. Pas de dégâts visible sur la coque ni le pont ; la peinture semble récente.

Par à-coups, les remous le portent. Tournant de flanc, il vient se heurter à la digue. Grincements de fibre de verre et de composites contre les roches.

Crochés comme des serres [TW : cadavres]

Cadavres. Silhouettes sombres, enveloppées dans du plastique industriel (larges feuilles translucides, emballages en gros).

La rue est relativement passante, à flanc de la colline, domine un quartier de résidences.

Trottoir large flanqué de haies, du côté de la pente. Les corps sur le béton un peu fissuré. Bourdonnement des mouches contre le plastique des bâches. Ils sont trois, rassemblés comme en éventail, longs étroits, bras le long du corps en position un peu forcée. Ils sont sur le dos, mais leurs traits restent invisibles, vagues taches sous le plastique opaque. Peau noirâtre, abîmée. Un autre, un peu plus loin : son linceul plastique est un peu déroulé. Un bras dépasse, tordu sur le côté. Manche d’un vêtement indéfinissable, main à demi-ouverte, paume renversée vers le ciel. Les doigts noircis, crochés comme des serres. Éclat de dents sous des lèvres retroussées. Il n’y a pas d’odeurs, ou le vent les chasse. Bourrasques froides qui balaient les immeubles aux toits d’ardoise, en contrebas.

Vagues relents d’un feu de bois, peut-être, au loin, odeur d’hiver piquante.

Un part, ou une avenue piétonne. Hauts arbres massifs, feuillage un peu jauni (platanes ?). Haies, buissons. On distingue des bâtiments XVIIIe au-delà de la végétation. L’allée centrale (?) est une large piste de terre durcie, jaune, poussiéreuse. Rares bourrasques froides, qui en soulèvent des nuages étouffants et quelques feuilles mortes. Au nouveau, des corps, nombreux, disposés en formes brunes émaciées, momifiées, sur le sol clair. Postures raides, convulsées, bras et jambes tordus ou en étoile. Les chairs sont ternes, parcheminées, desséchées par les onguents. Des corneilles les picorent. Odeur de mort omniprésente.

À quai

Une forteresse immémoriale : murs cyclopéens de pierre sombre et moussue, dominant un océan déchaîné.

Le pan de rempart qui relie deux tours colossales semble fermer un bras de mer (avant-port fortifié ?)

Entrée par le haut de la tour, ou peut-être à mi-hauteur. Escalier de pierre étroit, qui suit la muraille humide. Dalles verdâtres, poisseuses d’algues et de sel. Tonnerre des vagues, grondement lourd, assourdissant. En bas, des flaques d’eau de mer. Odeur d’iode, d’écume et de tempête. Une porte en arche s’ouvre sur le passage qui traverse le rempart. Ce couloir est ouvert sur des rangées de colonnes à voûte plein cintre comme le promenoir d’un cloître. Les vagues les plus fortes le balaient, de temps en temps. Par forte mer, le passage est impossible.

Un bateau est à quai, du côté intérieur, abrité des rouleaux.

Houle

Un immeuble très stylisé, construit à même la plage (vaste étendue de sable beige, où l’on voit régulièrement d’autres édifices). Architecture très typée, à mi-chemin entre blockhaus et résidence de vacances brutaliste : quatre pilotis massifs, placés non pour former un rectangle, mais plutôt une sorte de losange. Dans chaque pilier, un ascenseur ou un escalier. La cage, dans les deux cas, est en partie transparente, s’ouvre en bas sur une porte vitrée automatique, d’aspect très renforcé. L’espace entre les piliers est assez étendu. Le plafond (donc le sol des premiers appartements) est haut, peut-être environ huit mètres du sol. Sont disposés ici, dans le léger creux que forme le sable, des tables et des chaises de jardin (en fait, une table et ses bancs de béton, mais moins cohérent ?).

De loin en loin, aussi loin que porte le regard (arrêté par la brume), se distinguent d’autres constructions, un peu de même facture. Il n’y a pas véritablement de chemin ni de route, peut-être tout au plus des pistes où le sable est tassé par le passage. Les bâtiments sont espacés, évoquent davantage les bunkers d’un mur de l’Atlantique qu’une station balnéaire (Benidorm).

Météo couverte, brumeuse (entrées d’air maritimes), le vent, fort, vient de la mer, agite les vagues, très houleuses. Odeur de sel, de sable humide, l’air est frais et poisseux.

Peu à peu les vagues prennent de la puissance, grondement croissant. L’écume monte jusqu’aux piliers, la cuvette formée par le sable se remplit, inonde l’espace des chaises et des tables. Rapidement les vagues poussent plus loin, les deux premiers piliers commencent à laisser filtrer l’eau. On peut voir un tapis mobile, écumant, au travers de la porte vitrée, qui ne tarde pas à s’ouvrir, le système électronique cédant (ou par un système de sécurité automatique).

Sensation d’angoisse évidente, à mesure que l’eau monte. Idée de trouver refuge à l’appartement, situé dans l’un des étages. Passer par les ascenseurs s’avère impossible ou dangereux (coupure de courant ?), il faut emprunter l’escalier.

Un petit étang

Début d’automne doux. Paysage verdoyant et boisé, en bord de mer. Un petit étang, derrière un bâtiment officiel ou commercial (petit supermarché). Surface verdâtre, nénuphars, algues et plantes flottantes. Plus en arrière, une maison individuelle style pavillonnaire, haute, milieu XXe. De part et d’autres, une ligne de frondaison d’arbres (pins de montagne, ou peut-être cyprès).

Et en fond, mais relativement (étrangement) proche, la mer. Altération des perspectives/perspective impossible. L’impression est vertigineuse. Vagues hautes, écumantes… le vent est marin, fort, on entend le roulis grondant, bruit de tonnerre.

Plus tard (un laps de temps indéfini). Le ciel est couvert, impression de crépuscule.

Même endroit, le vent est plus fort, devenu une tempête.

Lumières allumées, à l’étage de la maison.

La mer est à présent déchaînée, le vent vire à l’ouragan, des cataractes d’embruns tombent sur les arbres et sur la demeure isolée. Ruisseaux d’eau salée, qui dévalent la pente vers l’étang. Une carcasse de barque flotte, dans l’eau verdâtre ; une autre est encastrée entre les arbres.

Une vague colossale vient éclater contre la frondaison, écrase une nouvelle épave entre les troncs (grincement métallique, fort, sinistre). Des torrents d’eau grise dévalent en trombes argentées vers l’étang. La demeure encaisse les chocs avec des bruits sourds, inquiétants. Les fenêtre sont brisées, les volets battent dans les bourrasques, certains se décrochent. Au dernier étage, une lumière reste allumée.

Fragments oniriques

Image par Harshil Gudka sur Unsplash.

Un recueil de poèmes en prose, courtes nouvelles, scènes, intégralement issues de rêves et généralement écrites en écriture automatique ou « semi-automatique » (je m’amuse à utiliser ce terme lorsque je dirige mes pensées sur une image ou un souvenir spécifique avant de lancer les phrases en automatique).

Ces fragments sont à l’état assez brut, je ne sais pas trop quoi en faire ni comment les retravailler (ni si ça vaut la peine…), je suis vraiment preneur de retours et n’hésitez pas à vous montrer critiques !

Fragments oniriques

Un petit étang

Houle

À quai

Crochés comme des serres

Épave

Insectes

Mémoires jamais vécues

Squat

Froid