Chapitre 4 – Faille

Un nouveau tour de bureau, les mains dans le dos, pas rapides et nerveux. Mes brûlures d’estomac recommencent. Je prends un troisième sachet de plâtre mentholé, sans vraiment réussir à les calmer. Respire…

Mes écrans sont allumés, les documents à préparer pour le bilan me rappellent que je n’arrive pas à m’y remettre. Allez, mets à profit le temps que les ingés passent à décortiquer le malware, en bas.

Mais non. Juste impossible. Impossible.

Je regarde dehors, les tours sombres en contre-jour dans le crépuscule. Les fenêtres allumées par dizaines. Et les notifications d’emails qui s’accumulent dans le coin de ma vue augmentée. Mais toujours pas d’alerte. Je vérifie quand même par acquit de conscience. Oui, l’alerte est bien placée sur tout message en provenance de Ronand, de Phelps, de n’importe qui du département A&M ou IT. Mais toujours rien.

Je finis par m’affaler sur le fauteuil, pivote pour voir le soleil disparaître pour de bon.

Il faut se calmer. Respirer. Récapituler. Mais il n’y a rien à récapituler. Toujours pas d’alerte. C’est long. Long. Long.

Et puis la ligne fixe qui sonne, hululement électronique sur mon bureau. Sursaut, le fauteuil pivote tout seul. Deuxième hululement. Ma main attrape le combiné sans fil.

— William.

— Ronand. On a peut-être une… (Quelqu’un lui parle à côté – Phelps ? –, sa voix s’éloigne un peu pour répondre.) Ah ! Confirmé… ? D’accord. Notre équipe a une piste confirmée, monsieur William. Concernant la faille.

— Vous avez moyen de la patcher, ça y est ?

Espoir, le coucher de soleil semble avoir regagné en lumière.

— Pas encore, mais le reverse engineering est en bonne voie. Non, nous avons… Andrea a retrouvé les pirates qui ont découvert la faille et l’ont revendue au marché noir, ce qui a permis à d’autres d’implanter le malware par la suite.

Les nuages s’amoncellent à nouveau. Respire. Il y a toujours du progrès. Oui. Souffle, doucement, sans que ça s’entende au téléphone.

— Très bien. C’est déjà une avancée. Je vais m’occuper de contacter les forces de l’ordre, au moins ces types ne nous poseront plus de problèmes à l’avenir.

Il commence quelque chose, puis s’arrête. Hésite.

— En fait, monsieur William… Il y aurait une autre possibilité, qui nous serait sans doute plus utile. Dans l’immédiat, j’entends. Pour notre situation actuelle.

La contrariété passée, un déclic. D’accord. C’est là que vous vouliez en venir, tous les deux.

— Vous pensez qu’ils pourraient aider nos équipes à travailler sur notre vulnérabilité.

— Exactement, monsieur ! Il serait probablement possible de remonter jusqu’aux auteurs du malware lui-même. Rien n’indique que l’acheteur ait revendu la faille à son tour, il y a de fortes chances qu’ils aient été les clients finaux.

Une sensation douce et puissante… De ne plus juste attendre, de pouvoir agir, faire quelque chose.

— Transmettez la localisation au chef de la sécurité. Je serai dans son bureau d’ici dix minutes. Nous allons envoyer une équipe sur place. Entre nous aider ou être balancés aux fédéraux, je pense que le choix sera vite vu pour eux. C’est ce que vous espériez qu’on fasse, non ?

Il ne dit rien. Je pars d’un petit rire plus nerveux qu’autre chose.

— Ne vous inquiétez pas, j’en prends toute la responsabilité. Continuez de me tenir au courant.

Je raccroche. La sensation de puissance pulse, absurdement, alors qu’on ne contrôle encore rien. Oh, absolument rien.

Continuer vers le chapitre 5

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