Récepteurs

Crédit photo : Mike Cook, mikecook1, Pixabay

Une autre fenêtre se ferme, volets de bois ouvragés qui claquent à s’en décrocher des gonds. Ils n’essayent même pas d’être discrets, c’est la peur qui parle. Le bruit de fond de notre avancée : les sirènes des flics locaux, le raffut des moteurs des blindés et les habitants qui se calfeutrent.

Du coin de l’œil je vois Jeff qui tressaille à chaque bruit. Il est en nage sous son t-shirt et son porte-plaques, les pupilles trop ouvertes. Merde, je lui ai dit de pas autant taper, ce matin.

— On se calme, mec. Tranquille.

Il grogne, sombre, l’œil aux aguets :

— C’est ça, ouais. Putain de nid à embuscade cette rue.

— T’as entendu le speech des copains de l’intel, les vilains se sont calmés après la branlée d’avant-hier sur la FOB Al-Faj’. Et on a les flics en première première ligne.

Un grincement, la grille d’un commerce qu’on tire. Jeff sursaute, M4 déjà braquée. Je la lève aussi par réflexe, deux pointeurs rouges dansent sur la poitrine d’un type terrifié. Il se fige, lève lentement les mains. Je baisse mon arme, lui lance :

— Vaudrait mieux que vous partiez.

Il hoche la tête, tremblant, sort de son magasin. Jeff le garde en mire jusqu’à ce qu’il disparaisse dans une ruelle. Sa boutique reste à moitié ouverte, un petit débit de boisson avec ses machines à granita qui touillent leurs couleurs électriques en devanture.

— Tu veux quelque chose ?

Jeff me regarde et opine. J’entre dans le magasin.

La voix de Ramirez m’interpelle depuis son poste mitrailleuse sur le toit du humvee.

— Tracy, Jeff, vous foutez quoi, bordel ?

— Sécurisation de matériel. T’inquiète.

— Ramenez-moi un truc frais à y être. Un Fanta.

Je pose la monnaie qui traînait dans mon jean sur le comptoir. Y’a trop, je pense, mais ça vaudra pour le coup de trouille.

— Tropical ?

— Ouais, ok.

Je remplis un grand gobelet, ajoute une paille. Jeff couvre l’arrière-boutique comme si on sécurisait un point tactique. J’aspire une gorgée de boisson glacée.

— Putain, ce sucre. Tu sais que c’est les mêmes récepteurs que la coke, dans le cerveau ?

Il me fait son sourire de dur, narquois. Prend une lampée à son tour.

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