Partie 3 – Relancer les bases

Pour résumer les épisodes précédents : l’ère lovecraftienne s’achevait sur fond de doute permanent, et d’un nouvel horizon au travers de la fantasy mâtinée de science-fiction ou de références contemporaines.

C’est la période qui a vu mes textes parvenir à s’achever à nouveau. Des nouvelles, toujours. Quelques tentatives de projets de plus longue haleine, mais rien de persistant. Mais je ne cherchais pas tellement plus loin, la satisfaction de pouvoir enfin, à nouveau, juste écrire, était là.

Juste écrire.

Non, plus comme avant le choc HPL. Je le disais : la conscience du risque du pastiche a mis fin pour de bon à mon innocence d’écrivain. À la spontanéité du geste, se lancer, sans penser au style, juste emporté par l’histoire, les personnages qui prennent vie comme mes créatures…

Mais non, à présent, toujours, le doute. J’ai commencé à fuir la première personne, de peur de retomber dans les schémas lovecraftiens. Dans mes fragments de cette époques, il y a bien des soubresauts, des tentatives, des retours au passé-première-personne-témoignage-ampoulé. Mais le poids du pastiche les a écrasés avant de dépasser une seule page.

C’est donc là qu’est née chez moi la recherche d’un style. Pas en critères positifs : le choix d’un effet, d’un rendu, calculé en fonction de telle ou telle focalisation, etc. Non : par la négation de l’inflluence HPL. Je ne pensais pas « il faut que », mais « il ne faut surtout pas que ». Un style adopté par rejet d’un autre, par la crainte phobique de retomber dans le travers du pastiche inconscient.

Le résultat est fade. Tellement fade.

Rétrospectivement, c’est ma période la plus insipide, la plus plate, la plus scolaire. Faute de style défini, c’est bien cette absence qui ressort, pas une patte personnelle. Une troisième personne ordinaire, interne, parfois omnisciente, tournée à l’alternance passé simple/imparfait. Des phrases rondes, longues, découpées bien comme il faut, avec les jolis termes et des inversions syntaxiques pour faire poétique (vous savez, la « tiède douceur » et non la « douceur tiède » d’une brise marine).

Les pensées rapportées au style indirect libre ou entre guillemets proprets, accompagnées de leur verbe introducteur. Le narrateur omniprésent qui venait apporter des informations sur les personnages, la situation, la pluie, le beau temps, avec ses petites phrases types :

« Unetelle aimait bien regarder le lever de soleil sur l’océan, les matins d’été, quand la tiède douceur de la brise marine soufflait sur la côte. Elle se rappelait toujours se que son père disait… »

J’ai déjà utilisé le terme. Scolaire.

On me disait que j’écrivais bien. Et ce n’était pas un mensonge, à mon sens, loin de là. C’était bien écrit, oui, comme une composition en français. Un exercice d’écrit d’invention qui aurait eu une note rondelette. Mais j’étais fier de ces textes. À l’époque. J’ai même tenté de participer au Prix du jeune écrivain de langue française.

Je n’ai pas été pris. Le jury les a trouvés bien écrits (encore!), bien faits, bien tournés. Mais l’un était trop violent, l’autre ne portait pas suffisamment de sens, n’avait pas de message.

J’étais conscient de ce deuxième point. Je m’en faisais une fierté à l’époque, une petite revendication : l’art pour l’art, le droit de prétendre à ne pas porter de philosophie, de vision du monde, de réflexion sur le sens de je ne sais quoi, dans la fiction.

C’est toujours le cas aujourd’hui, même si j’ai compris entre temps que tout texte porte intrinsèquement de multiples messages. Ce qui rend l’art pour l’art, insensé ou plutôt dé-sensé, fourbement complexe à à obtenir. Alors, j’essaye simplement de les rendre discrets, furtifs, subliminaux. Et pas jetés comme un pavé à la façon de la SF engagée (que je respecte comme toute oeuvre, mais ne supporte que très difficilement en tant que lecteur).

« Functionless art is simply tolerated vandalism.

We are the vandals. »

Hell yeah, Peter Steele, old buddy.

Sage comme je suis, je n’aurais jamais pensé me voir attribuer le titre de vandale.

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