Partie 1 – De la terreur du pastiche

Premier article d’un dossier sur le parcours de construction stylistique que j’ai suivi à mesure de mes années d’écriture. Quelles difficultés, quels objectifs, quelles expérimentations ratées (ou parfois réussies…!)…

La question du style d’écriture a toujours été pour moi au coeur de déchirements terribles et passionnés (dans ma propre tête) et de blocages tout aussi terribles (pour avancer mes projets). Oui, vraiment. Terribles.

Et aucun autre moment plus violent que celui du doute absolu qui m’a suivi pendant plusieurs années. Qui ne s’est finalement tû que depuis peu, depuis que s’est amorcé un nouvel angle de réflexion stylistique. Une obsession qui tournait, tournait, tournait sans relâche. Une ombre qui flottait sur chaque ligne écrite.

Suis-je en train d’écrire du pastiche ?

Ah, le pastiche.

Pour saisir, il faut que je remonte à mes tout débuts, lorsque le clavier de mon PC a commencé à servir à autre chose qu’à tchatter sur MSN ou les messageries internes de jeux en ligne. À inventer des choses, des histoires, des mondes…

Ou plutôt, à les reprendre.

Car c’est bien par le pastiche – sans en être vraiment conscient, en bon M. Jourdain – que j’ai tout débuté. L’inspiration totale dans l’ombre du Maître : Howard Philips Lovecraft.

Mes premières nouvelles, écrites à mes 15 ans, sont ce que j’ai appris depuis à nommer, purement et simplement, des lovecraftianas. Autrement dit, du pastiche. Style volontairement désuet et phrases à rallonge, vocabulaire soutenu à l’extrême, personnages érudits, froids, si ce n’est condescendants. Entités du Mythe. Manuscrits mystérieux et interdits. La descente vers l’horreur, le cauchemar, la folie. Tout.

J’inventais mes propres histoires, mais avec un attachement total, tout aussi maladroit qu’inébranlable, aux préceptes de ce Maître, de ce Père d’écriture qu’il m’a fallu finir par tuer comme dans les clichés psychanalitiques.

J’ai achevé trois de ces nouvelles, qui ressemblent à de mauvais bootlegs, et entamé de multiples autres, avant de prendre conscience des faits, indiscutables. J’écrivais du pastiche. Révélation absurdement violente, car j’étais persuadé tout simplement, d’écrire.

Juste, écrire. Écrire sans réfléchir, dans l’élan, dans l’étincelle, emporté dans la transe du flux1. Écrire, en somme, en toute innocence.

Je n’ai plus jamais été innocent depuis.

Réaliser que pendant un peu plus d’un an son état d’esprit d’auteur tout entier n’était qu’un long pastiche laisse des traces. Des marques durables, oui, vraiment, encore aujourd’hui, malgré la transition vers d’autres questionnements de style, il m’arrive encore d’être pris de ce doute glaçant, terrible.

Ce que j’écris est-il personnel, ou juste une nouvelle forme inconsciente de pastiche ?

1Une vidéo que je recommande à ce sujet, par l’auteure Samantha Bailly : https://www.youtube.com/watch?v=eHF8lYxWFM0

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